par Ghazala Waziri – Bruxelles
Deux ans plus tard, les activistes de Nemesis ont réitéré leur campagne, cette fois à l’église du Sacré-Cœur à Montmartre. Vêtus de vêtements divisés en deux parties, l’une noire, symbolisant le niqab, et l’autre blanche, symbolisant l’Occident, les militants sont apparus avec une banderole sur laquelle on pouvait lire : « Quelle civilisation voulez-vous ? »
Le parti Collectif Némésis, nommé d’après la déesse de la vengeance et de la justice dans la mythologie grecque, a été fondé en octobre 2019. Ses dirigeants soulignent que leur objectif est de lancer un nouveau mouvement féministe axé sur l’immigration et l’islam et leur impact sur la sécurité des femmes, à l’exclusion d’autres questions féministes telles que l’égalité salariale ou la représentation politique.
Néanmoins, les mouvements féministes de gauche, tels que « Nous Toutes », refusent de classer « Nemesis » dans la catégorie des mouvements féministes, l’accusant d’exploiter les questions relatives aux femmes pour diffuser un discours raciste, anti-immigrés et anti-musulmans. Le journal de gauche Le Monde a décrit les activistes comme des « identitaires se faisant passer pour des féministes ».
Pour leur part, les membres du groupe rejettent ces accusations, arguant qu’ils mettent en lumière la violence à laquelle les femmes sont confrontées en raison de leur identité féminine. Ils affirment que le harcèlement et les agressions sexuelles ont augmenté de façon spectaculaire et notent que les auteurs de ces crimes sont souvent d’origine musulmane.
Le groupe cite une statistique du ministère français de l’intérieur datant de 2020, selon laquelle 63 % des agressions sexuelles commises dans les transports publics à Paris ont été commises par des étrangers, alors que les résidents étrangers ne représentent que 14 % de la population. L’étude montre également une surreprésentation des suspects originaires d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne.
Les militants de « Nemesis » s’en prennent à la gauche politique, aux médias et au système judiciaire, qu’ils accusent d’être trop indulgents à l’égard de la criminalité. Ils considèrent que la peine moyenne de dix ans d’emprisonnement pour les violeurs est insuffisante, citant les taux élevés de récidive parmi les auteurs de viols.
La dirigeante de « Nemesis » est affiliée au parti Rassemblement national de Marine Le Pen. Adolescente, elle était encore plus radicale, rejoignant à l’âge de 15 ans l’Action française, un groupe d’extrême droite appelant à la restauration de la monarchie. Tout en étudiant le droit et les sciences sociales, elle suit une formation dans un institut d’éducation politique catholique conservateur, où elle apprend les stratégies de communication et de confrontation avec les opposants politiques.
En novembre 2021, lors d’une manifestation féministe contre les violences sexuelles, les activistes de « Nemesis » ont surpris la foule en brandissant une banderole avec une déclaration controversée :
« 99 % des Afghans soutiennent la charia et 85 % la lapidation des femmes adultères. La misogynie n’est pas un enrichissement culturel ! »
Ils se sont basés sur une étude du Pew Research Centre de 2013, sans vérifier le contexte ou la source des chiffres à l’époque. Les militants de Nemesis ont été la cible de jets de bouteilles et ont dû se réfugier dans un café voisin.
Aujourd’hui, « Nemesis » est financée par des dons et compte 250 militants et cinq employés à temps plein. Elle est soutenue par d’autres organisations féministes en Europe, notamment au Royaume-Uni et en Suisse romande, où elle dispose d’une large base. Elle entretient également des liens avec l’activiste britannique anti-islam Tommy Robinson.
La politologue Della Soda considère Nemesis comme un exemple de la manière dont le discours féministe peut être utilisé pour servir les programmes anti-immigration de la droite, et affirme que les militants du groupe sont le produit d’une bataille culturelle visant à saper l’hégémonie intellectuelle de la gauche.
Malgré les critiques, Nemesis semble gagner en légitimité politique. Lors d’une récente conférence de presse sur la sécurité intérieure à Paris, une militante a demandé au ministre de l’intérieur si le groupe d’extrême gauche La Jeune Garde pouvait être interdit. Sa réponse a été surprenante :
« Bravo pour votre combat. Vous savez que je suis très proche de vous ».
Après une vague d’indignation publique, un porte-parole du ministère s’est empressé de préciser que le ministre n’était pas au courant des « positions radicales » du mouvement.