Le directeur du Bureau central des enquêtes judiciaires du Maroc, Habboub Cherkaoui, a révélé que les forces de sécurité avaient démantelé 40 cellules terroristes affiliées aux « Lions du califat au Maroc » après une opération de surveillance d’un an. Lors d’une conférence de presse, M. Cherkaoui a déclaré que les deux cellules terroristes démantelées la semaine dernière dans la ville de Tamesna et dans les environs de Boudenib, dans le sud-est du Maroc, étaient au cœur d’un complot terroriste grave et imminent visant le royaume, selon le média marocain Hespress.
Il a ajouté que les agents se désignent eux-mêmes comme les « Lions du califat au Maroc » et qu’ils ont été approvisionnés en armes par un important dirigeant d’ISIS nommé Abdul Rahman Al-Sahrawi, un ressortissant libyen. Il a également noté que les armes saisies à Boudenib, près de la frontière orientale du Maroc, étaient en état de marche et que leurs numéros de série avaient été délibérément effacés pour dissimuler leur origine.
M. Cherkaoui a expliqué que le suivi de l’opération a pris environ un an, en s’appuyant sur une expertise technique avancée et sur le positionnement par satellite pour localiser la zone suspecte sur la base des données géographiques et des coordonnées saisies. Il a souligné que la cellule démantelée représentait un projet stratégique pour la branche d’ISIS au Sahel, visant à établir une filiale au Maroc.
Les enquêtes ont conduit à l’arrestation de ses membres dans plusieurs villes, en particulier après qu’ils ont mené des opérations de reconnaissance pour identifier les lieux ciblés. À ce jour, 12 suspects âgés de 18 à 40 ans ont été arrêtés. Selon M. Cherkaoui, le principal point commun entre eux est leur niveau d’études : huit d’entre eux n’ont pas dépassé l’école secondaire, trois n’ont achevé que l’enseignement primaire et un a abandonné ses études après la première année d’université.
Il a également annoncé que les forces de sécurité marocaines avaient démantelé plus de 40 cellules directement liées à des groupes terroristes opérant dans la région du Sahel. M. Cherkaoui a averti que la présence de dirigeants marocains au sein d’organisations terroristes dans le Sahel africain, que ce soit au sein d’ISIS ou d’Al-Qaïda, est le signe de menaces futures, compte tenu de l’attrait croissant des idéologies extrémistes. Il a révélé que plus de 130 combattants marocains ont réussi à rejoindre des organisations terroristes au Sahel, en Afrique de l’Ouest et dans la Corne de l’Afrique.
Les autorités marocaines ont confirmé que plus de 130 ressortissants marocains combattent actuellement dans les rangs d’ISIS dans ces régions. M. Cherkaoui a reconnu qu’en dépit des efforts déployés pour démanteler les réseaux facilitant le recrutement de combattants pour les zones de conflit, ISIS a réussi à attirer des recrues marocaines, dont certaines se sont vu confier des rôles de leadership importants, en particulier dans les opérations extérieures.
Le 14 mai 2024, les autorités marocaines ont annoncé le démantèlement réussi d’une cellule terroriste dormante affiliée à ISIS, composée de quatre individus opérant dans les villes de Tiznit et de Sidi Slimane. Les membres de la cellule ont été trouvés en possession d’équipements paramilitaires, notamment une veste tactique, un casque, une lunette de visée, un masque à gaz, des manuscrits extrémistes et divers appareils électroniques, qui font actuellement l’objet d’une analyse médico-légale numérique. Selon les responsables marocains de la sécurité, la cellule s’était engagée dans des activités illicites pour obtenir des ressources financières et logistiques en vue d’opérations terroristes visant à porter atteinte à la sécurité nationale.
Un rapport publié par l’ONU en février 2024 a mis en évidence la présence généralisée de milliers de militants armés d’organisations terroristes, y compris ISIS, à travers des régions critiques de l’Afrique, en particulier le Sahel, le Sahara et l’Afrique de l’Ouest. Le rapport a noté que les combattants de « l’État islamique dans le Grand Sahara »(ISGS), un affilié d’ISIS, ont exploité l’instabilité régionale pour se regrouper et utiliser la région du Sahel-Sahara comme une rampe de lancement pour poursuivre leur expansion à travers l’Afrique, y compris l’Afrique du Nord et le Maghreb.
Cette préoccupation est relayée par les autorités de sécurité des pays du Maghreb, qui signalent fréquemment l’arrestation de terroristes infiltrés et le démantèlement de cellules dormantes. Parmi les exemples récents, on peut citer les forces de sécurité tunisiennes, qui ont appréhendé des éléments pro-ISIS accusés de diffuser de la propagande extrémiste sur les médias sociaux et de préparer des attentats dans le pays. En janvier, les tribunaux tunisiens ont condamné plusieurs personnes reconnues coupables d’appartenir à ISIS. En mars, le ministre tunisien de l’Intérieur, Kamel Feki, a mis en garde contre les menaces que font peser sur la sécurité les groupes terroristes, dont l’ISIS, qui visent à déstabiliser le pays.
La région du Maghreb est devenue une cible privilégiée pour les efforts d’expansion de l’ISIS, en particulier dans le contexte d’une concurrence croissante avec Al-Qaïda. Les deux groupes ont intensifié leur rivalité, cherchant à étendre leur influence après des pertes significatives au Moyen-Orient et en Asie. Cela a conduit à des confrontations directes entre ISIS et les cellules affiliées à Al-Qaïda, ISIS tentant d’affirmer sa domination, de renforcer sa réputation parmi les djihadistes et d’attirer de nouvelles recrues.
La Libye est un exemple clé de cette expansion, l’ISIS y ayant établi trois branches : Wilayat Barqa, Wilayat Fezzan et Wilayat Tripoli. Le groupe continue de propager son idéologie extrémiste, en insistant particulièrement sur sa vision d’un « djihad mondial » sans frontières. Pour y parvenir, l’ISIS a intensifié ses opérations terroristes, ciblant les civils, le personnel militaire et les forces de sécurité dans ses zones d’influence.